Mettre résolument en œuvre une réflexion éthique salutaire en réponse au « malaise » dans les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales

La prise de recul et la réflexion, auxquelles je vous invite dans mon dernier livre est –selon les termes de Jean-René Loubat– une « bombe salutaire » pour faire exploser les certitudes qui nous enferment et la gangue d’hypocrisies qui entoure les fonctionnements des établissements de santé. Il s’inscrit dans une révolution culturelle en cours et propose une alternative aux méthodes managériales d’un autre temps.

En abordant un sujet aussi délicat que tabou, je veux rappeler les obligations des dirigeants et autres cadres sur leurs missions essentielles et inviter la branche d’activités à ce que le processus l’emporte sur les procédures.

Rarement traité en profondeur, le « malaise » dans les institutions sanitaires, sociales et médico-sociales est lié, selon moi, à des facteurs qui génèrent des troubles à tous les niveaux :

  • le mécontentement des usagers considérés comme des bénéficiaires asservis
  • le désarroi des professionnels en manque de reconnaissance et, en conséquence, contraints soit à la passivité, soit à l’omnipotence
  • le malaise des dirigeants face aux lacunes de leur management et de leur stratégie, ce qui les conduit au despotisme ou à l’entretien du « pas vu, pas pris »
  • la maltraitance par les pouvoirs publics empêtrés dans les imbroglios entre la promotion de l’éthique et les normes gestionnaires
  • l’effroi d’une partie de la population devant le monde du handicap ou de l’exclusion et leur coût
  • le mal-être (ou pas !) des élus politiques englués dans leurs injonctions paradoxales, générant l’inadéquation entre les discours et les actes…

Afin de prévenir le risque d’un enlisement dans des stratégies d’évitement, il est devenu incontournable de s’inscrire résolument dans une démarche transparente et authentique, pour tout mettre à plat et rompre avec la loi du silence.

« toujours prendre de la distance, apprécier de haut le sillon que l’on creuse, pour voir l’ensemble du champ »

Hervé SÉRIEYX

Faute de débouchés dans une société qui serait « accueillante et accompagnante », comme l’exhorte Pascal JACOB, l’école de l’autonomie et de l’épanouissement des personnes différentes est en panne. La mise à l’écart de la différence est, en effet, plus facile pour cacher les déficits d’un système à bout de souffle, incapable de répondre aux attentes :

  • des personnes fragilisées par la vie,
  • de ceux qui militent depuis des années –notamment avec les lois de 2002 et de 2005– pour un nouvel élan du « vivre ensemble »,
  • de la plupart des professionnels pour qui l’approche rationnelle s’est substituée à l’humanité et à la créativité, au point de ne plus trouver, même par défaut, les hommes et les femmes prêts à s’engager pour un monde social meilleur, donc prêts à refuser tous les compromis, tous les pactes de non-agression, ainsi que les logiques d’empilement des procédures… afin de « mettre l’important au cœur de l’essentiel » : l’éthique partagée.

Il est possible de réussir le passage de l’apathie des institutions à l’audace de leurs acteurs, en faisant le pari de la conciliation possible entre le (bon) sens et la « méthode ».

Aujourd’hui, malgré des constats bien sévères sur la réalité du secteur sanitaire, social et médico-social, il s’agit bien de contribuer à relancer les organismes gestionnaires, les administrations, l’Etat, les politiques vers un nouveau projet de société où chaque personne même différente trouve sa place à part entière dans la communauté toute entière, où la personne différente est l’éclaireur d’une population riche de sa diversité. « Oui l’espoir est possible, oui nous pouvons évoluer et progresser si nous le voulons ensemble à deux conditions, nous dit Pascal JACOB : rendre idiots les préjugés et faire que l’économie soit au service du monde et non que le monde soit au service de l’économie ».